+
+C'est vrai que j'fais souvent les choses de travers, que je n'suis pas toujours droite, un peu maladroite, à force de voir mon monde à l'envers. A quoi ça sert? A rien. C'est juste que j'ai toujours préféré appuyer sur l'accélérateur et quand ça m'fait peur j'met un gros coup de frein. Et là forcément ça dérape. Tout part en vrac. J'pars dans tous les sens, j'roule en contre-sens, on m'rentre dedans, devant, derrière. Parfois même je me retourne sur le capot. Pour les amants il y a toujours les capotes. Pour les cas pote il y a les âmes en chien. Autrement dit rien. Dans ces moments là y a jamais eu de bande d'arrêt d'urgence, de roue de secours à l'arrière. A force de m'prendre des coups j'me suis fabriquer un pare-choc en toc, j'ai fait de mon bolide un intérieur vide. S'il y a au moins une chose que le monde de la nuit m'aura appris, c'est de surveiller mes ennemis, mais de faire encore plus gaffe à mes amis. C'est sûr qu'on se sentait plus fort à deux, deux cons heureux de faire des envieux. Même si on savait tous que la réalité était tout autre: se demander chaque jour, chaque minute, chaque seconde quand est-ce que le croche-pied allait arriver, quelle genre de bave on pouvait cracher sur toi une fois le dos tourné. J'en ai beaucoup souffert tu sais, de voir ces gens me piétiner le c½ur ouvert. J'étais une vraie éponge, j'absorbais tout sans broncher. Mais y a toujours un moment où l'on ne peut plus rien acquiescer, ou l'éponge se met à se décomposer. Mon cerveau est sous pression, au moindre court-circuit j'pète les plombs, j'me déconnecte du réseau, de la raison. Oui, c'est triste, mais j'en suis arriver là. Dès que j'me sens attaqué je sors les griffes et je réplique de mes mots les plus sanglant. Quand j'sens mon âme en péril j'fais pas semblant, un cutter près du coeur dans ma poche de gauche. J'lai bien aiguisé, j'me suis entrainé à viser. Faut qu'je vise là où ça fait mal. C'est puéril, je sais, mais c'est la seule manière que j'ai trouvé de faire taire ma colère. C'est comme ça, c'est automatique, ma peine se transforme direct en haine, ma déception en irritation. Je n'pensais pas qu'un jour toi aussi tu allais subir ça. Peu de mes amis sont encore là aujourd'hui. Peu l'était déjà avant. Alors oui, je m'absente souvent. On s'étonne de ma méchanceté soudaine, de ma méfiance et de mon regard plein de haine. Je choque par mon indécence et par mon indifférence, par mes actes faits sans tact. Je me complais à vivre sans craintes ni contraintes. Je suis juste le miroir de la connerie humaine, celui qui renvoie ce qui gène, pleine de dérision et d'auto-satisfaction. J'ai fais l'amour à la haine, la guerre à la paix. C'était décidé, je n'm'arrêterai plus, je n'tomberai plus. J'cacherai mes blessure en m'fabricant une armure, j'laisserai plus résonner en moi leur murmures. Faut que j'avance, sans regarder en arrière. Que j'fasse comme si rien n'avait d'importance, ne plus me morfondre dans mes prières. Ce masque est plus facile à porter lorsque le dégout de tout est devenu trop lourd. C'est lâche je sais, mais fuir l'est encore plus, et je n'pouvais pas m'amuser à me replier pour tout, tout l'temps, pour un rien, pour du vent. Mais avec toi, c'était différent. T'avais su lire en moi, voir celle que j'étais réellement et pas celle que je montrais. Dommage, j'aimais tellement refaire le monde avec toi. Parler de nous, parler des tiens. Rire de tout mais surtout pour rien. Faire tout ce que l'on pouvait pour que l'autre aille bien. Alors désolée d'être malgré moi, de dire n'importe quoi, de dépasser un peu ma pensée dans le seul but de te blesser en retour. Désolée de ne rien faire pour te rattraper, j'baisse vite les bras, j'ai trop souvent l'impression d'atteindre le point de non retour. T'étais pourtant prévenu, si je sentais un abandon ou une trahison, je ne le supporterai pas. Encore moins venant de toi. Je penserai à toi souvent, tu me manqueras parfois. Nan en fait tout l'temps. Même si tout nous sépare depuis ton départ, ici tout me ramène à toi, tout me rappelle à toi. Mais tu sais que je ne suis pas du genre à donner dans les sentiments. Tout ce qu'on m'a donné on me l'a repris, alors comprends que je ne pourrai te dire ce que je ne sais pas et que je ne pourrais te donner ce que je n'ai pas.. Et puis j'suis trop fière. J'ai mal agi, je t'ai déçu. Toi aussi. On aurait pu en rester là, enterrer la hache de guerre. On aurait dû oui. J'ai honte et j'ai surtout peur. J'ai l'impression de voir flou sans toi, tu l'sais ça? Tu vois, ta douleur est mienne. Si tu n'vois jamais mes larmes, c'est parce qu'elle coule à l'intérieur.. J'ai mal, mon âme est en deuil, j'viens de perdre un frère de coeur et j'crois que rien n'y changera, que je le veuille ou pas. On oublie rien on vit avec. Si c'est vraiment ce que tu souhaites, je ne te retiendrai pas. C'est ton choix. Alors va, vie et devient. Fais pas trop de bruits en fermant la porte et emporte avec toi le peu de bien qu'il restait en moi. Peu importe si je redeviens une nature morte. Tu m'avais décollé du fond sans t'en rendre compte. J'croyais en toi, j'voyais en toi un homme. J'continuerai de survivre en ton nom, d'écrire en ton nom. Au nom de l'amitié que l'on s'est porté. J'dirai que si, un mec bien ça existe, que j'en ai rencontré un, un jour, au détour d'un chemin. Je n'dirai pas que ça m'a rendu triste. Tu vois, j'avais raison: être quelqu'un de bien n'empêche pas de faire du mal autour de soi. Mais, que ce soit sur le fond ou sous la forme, n'oublies pas, nous ne sommes dans l'fond que des miroirs toi et moi.
Pardonnes-moi mes erreurs, elles viennent juste de mon c½ur et de mes ranc½urs intérieures.
Pas contre toi je sais, mais contre eux, ces imbéciles heureux. Ou peut-être contre moi. En fait j'sais pas.